Sapeurs-pompiers : des avancées sur les maladies professionnelles et des protections incomplètes

Rédigé le 03/02/2026


La fin de l’année 2025 a marqué une étape importante dans la reconnaissance des risques professionnels auxquels sont exposés les sapeurs-pompiers, qu’ils soient professionnels ou volontaires. La publication de nouveaux décrets modifiant les tableaux des maladies professionnelles traduit une avancée attendue et nécessaire face à des expositions spécifiques, documentées de longue date, liées aux missions de sécurité civile.

Pour l’UNSA Territoriaux et l’UNSA Sapeurs-Pompiers, ces évolutions constituent une reconnaissance juridique majeure, obtenue grâce à un travail syndical constant. Elles ne sauraient toutefois clore le débat : la reconnaissance des pathologies doit impérativement s’inscrire dans une stratégie globale de prévention, de suivi médical et de protection des agents.

Reconnaissance des maladies professionnelles : une avancée majeure


Le décret n° 2025-1349 du 26 décembre 2025, entré en vigueur le 29 décembre, modifie plusieurs tableaux des maladies professionnelles applicables aux sapeurs-pompiers professionnels et volontaires, ainsi qu’aux militaires investis de missions de sécurité civile.


Deux tableaux ont été actualisés :

  • le tableau n° 16 bis, relatif aux affections cancéreuses provoquées par l’exposition aux suies, hydrocarbures et produits issus de la combustion, intégrant désormais le cancer de la vessie ;
  • le tableau n° 30, concernant les pathologies consécutives à l’inhalation de poussières d’amiante, avec la reconnaissance du mésothéliome pleural.

Cette reconnaissance couvre l’ensemble des phases opérationnelles : formation, intervention, déblaiement et nettoyage du matériel. Elle consacre le lien scientifiquement établi entre l’exposition chronique aux fumées toxiques, aux particules fines, aux substances chimiques et aux produits de combustion, et la survenue de cancers.


L’inscription de ces pathologies dans les tableaux ouvre droit à une présomption d’origine professionnelle, facilitant l’indemnisation des agents concernés sans avoir à engager des démarches longues et incertaines. Pour les sapeurs-pompiers, longtemps confrontés à des refus ou à des procédures complexes, il s’agit d’un progrès concret et essentiel.

Une reconnaissance obtenue grâce à la mobilisation syndicale


Ces avancées ne sont pas le fruit du hasard. Elles résultent d’un long travail syndical et scientifique, porté notamment par l’UNSA Sapeurs-Pompiers, qui n’a cessé d’alerter sur les expositions spécifiques du métier et leurs conséquences sanitaires.


Elles confirment une réalité simple : sans mobilisation collective, la reconnaissance n’avance pas.


Pour autant, cette évolution demeure insuffisante. Aujourd’hui, seuls quatre cancers sont officiellement reconnus en France comme maladies professionnelles chez les sapeurs-pompiers, alors que de nombreuses études nationales et internationales établissent des liens probables avec d’autres pathologies (cancer de la prostate, des testicules, lymphomes, etc.), déjà reconnues dans plusieurs pays étrangers.

L’UNSA Sapeurs-Pompiers réaffirme la nécessité d’un élargissement progressif et cohérent des tableaux, fondé sur les données scientifiques existantes et non sur une exigence excessive de lien « avéré » qui retarde injustement la reconnaissance des droits.

PFAS : une protection à deux vitesses inacceptable


En parallèle de ces avancées, le décret n° 2025-1376 du 28 décembre 2025 relatif aux PFAS (substances per- et polyfluoroalkylées, dits « polluants éternels ») soulève de profondes inquiétudes.


Si ce texte constitue une avancée environnementale en interdisant de nombreux produits contenant des PFAS destinés au grand public, il exclut explicitement les équipements de protection individuelle des sapeurs-pompiers et de la sécurité civile.

Concrètement :

  • les tenues d’intervention et certains équipements peuvent continuer à contenir des PFAS ;
  • les sapeurs-pompiers demeurent exposés de manière chronique à des substances associées à des risques accrus de cancers, de troubles endocriniens, d’atteintes à la fertilité et d’effets à long terme sur la santé.

Ce choix crée une situation paradoxale et inacceptable : la population est protégée, mais celles et ceux qui la protègent restent exposés.

Les revendications portées par l’UNSA Sapeurs-Pompiers


Face à ces constats, l’UNSA Sapeurs-Pompiers porte des revendications claires :

  • la mise en place d’un suivi médical spécifique pour les agents exposés aux PFAS et aux substances toxiques ;
  • la reconnaissance officielle de l’exposition professionnelle à ces polluants ;
  • l’évolution rapide des tableaux des maladies professionnelles, intégrant les pathologies liées aux expositions chimiques et environnementales ;
  • une approche globale associant prévention renforcée, procédures de décontamination, gestion des matériels souillés et amélioration des aménagements des centres de secours.

Reconnaître, prévenir, protéger : une exigence syndicale

Pour l’UNSA Territoriaux, la reconnaissance de nouvelles maladies professionnelles constitue une étape indispensable, mais elle ne peut être une fin en soi. Reconnaître les pathologies a posteriori ne doit jamais se substituer à l’objectif premier : réduire les expositions et protéger la santé des agents.


Les sapeurs-pompiers exercent des missions essentielles, souvent au péril de leur santé. La République leur doit une protection pleine et entière, fondée sur un triptyque indissociable : prévention, suivi médical et reconnaissance des droits.


Aux côtés de l’UNSA Sapeurs-Pompiers, l’UNSA Territoriaux poursuivra son engagement pour que la santé et la sécurité des agents de la sécurité civile soient enfin traitées comme une priorité nationale, à la hauteur de leur engagement au service de la population.

Sapeurs-pompiers : des avancées sur les maladies professionnelles et des protections incomplètes